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La violence 2.0



Depuis les cinquante dernières années, la violence chez les jeunes n’a fait que s’amplifier et c’est particulièrement alarmant depuis qu’on a changé de siècle, les milléniaux sont de plus en plus violents et près du tiers souffre de problème de santé mentale. Qu’avons-nous donc fait pour en arriver là?


Les temps changent et la société aussi, mais malheureusement, pas toujours pour le mieux. Dans les années 70, alors que le mouvement « Peace and Love » tirait à sa fin, la violence chez les jeunes (et les moins jeunes), c’était l’exception. De nos jours, ça semble être devenu la norme. Bien sûr, les jeunes (en particulier les garçons) se sont toujours chamaillés, mais là, nous sommes loin de simples querelles d’enfants : on parle ici de meurtre gratuit et ce n’est pas seulement l’apanage des gangs de rue, car des jeunes sans histoire se font battre à mort par d’autres jeunes qui n’ont aucun lien avec des gangs organisés.


Même si c’est un fait que la pauvreté et le manque d’éducation sont un bouillon de culture favorisant la croissance de la violence, cette dernière touche de plus en plus toutes les classes de la société et en particulier les jeunes.


Dernièrement, dans la région parisienne, une jeune fille de 14 ans a été battue et poussée en bas d’un pont par un couple de jeunes du même âge. Elle est morte noyée dans la Seine. La semaine précédente, c’est un jeune garçon qui a été battu à mort par un gang de jeunes. Ce sont loin d’être des cas isolés, car chaque semaine, des jeunes meurent tués par d’autres jeunes pour de simples querelles d’adolescent, qu’on soit à Paris, New York ou Montréal.


À qui ou à quoi donner le blâme? Certains sont convaincus que c’est la faute des jeux vidéo qui sont de plus en plus violents. D’autres ciblent la génération des enfants rois, auxquels nous n’avons imposé aucune limite et qui ont grandi sans jamais avoir peur des conséquences. Pour ma part, j’ai bien peur que les réseaux sociaux soient en grande partie responsables non seulement de la dégradation des relations humaines, mais des troubles de comportement chez nos jeunes. On parle ici de harcèlement, de taxage, d’intimidation, et de violence psychologique allant jusqu’à pousser d’autres jeunes au suicide.


Comment en sommes-nous arrivés là, au point où l’agressivité et la violence ont pris le dessus sur nos vies? Je me rappelle une époque pas si lointaine où les jeunes se réunissaient dans un esprit fraternel et non pas pour s’affronter avec des barres de fer et des couteaux. Une époque où « faire de l’autostop » était aussi naturel que de prendre le métro ou l’autobus, parce que la peur et la méfiance n’étaient pas au rendez-vous. Une époque où l’on ne sentait pas le besoin de barrer ses portes, parce qu’on n’avait jamais entendu parler de violation de domicile.


Si les jeunes sont de plus en plus violents, c’est d’abord l’expression d’un mal-être profond en réaction à une société qui ne leur offre que bien peu de soutien dans leur quête d’accomplissement personnelle pour se préparer à leur vie d’adulte. Beaucoup de jeunes s’isolent dans un monde numérique, qu’ils bâtissent à leur image en se servant des réseaux sociaux, un monde artificiel ou tout est décuplé, véhiculant parfois des discours haineux qui encouragent le recours à la violence. Ce gouffre dans lequel les jeunes s’enfoncent va les marquer pour la vie, et c’est à la société de réagir et de leur venir en aide pour sortir de ce tourbillon infernal. Personne ne naît violent ou agressif, on le devient par le cumul d’expérience négative ou traumatisante. La haine, ce n’est pas inné, c’est quelque chose que l’on apprend à ressentir.


C’est un constat difficile d’apprendre que près de la moitié des adolescents et des jeunes adultes disent souffrir de problèmes liés au stress et à l’angoisse. L’Organisation mondiale de la santé décrit les jeunes comme une population particulièrement exposée aux troubles mentaux. Elle rappelle que le suicide est la deuxième cause de décès chez les 15-29 ans, alors que la dépression est la troisième cause de maladie chez les adolescents.

Dans les pays industrialisés, la moyenne quotidienne d’antidépresseurs par 1000 habitants est de 60 doses, soit 6% de la population qui consomme quotidiennement des antidépresseurs. La vente d’antidépresseurs vient au dixième rang des médicaments les plus vendus dans le monde. Il y a 50 ans, on ne parlait pas de maladie mentale ou de dépression, c’était tabou, aujourd’hui c’est pratiquement sur toutes les lèvres.


Une chose est certaine, on doit se poser la question, comment en somme-nous arrivé là! La société semble s’enfoncer chaque jour dans un mal-être de plus en plus profond et c’est la jeune génération qui en souffre le plus. C’est un cri d’alarme, peut-être avons-nous fait fausse route et sous-estimé l’impact de ce monde moderne et de l’ère des réseaux sociaux sur la santé mentale de tout un chacun ? Il est encore temps de réagir, mais ça prend aussi la volonté d’agir.

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